Retour sur le Whisky Live 2016

Voici mes impressions et commentaires sur le plus grand salon de spiritueux de France (voire même du monde). Pour la deuxième année consécutive le salon avait lieu à la Cité de la Mode à Paris.

L’impression générale est très mitigée. J’ai eu l’impression d’un appauvrissement de l’offre alors que le salon n’a jamais été aussi grand. Des pans entiers des spiritueux ont disparu du salon depuis deux ou trois ans. Les eaux-de-vie blanches ont quasiment disparues. On nous bassine de ci de là de l’explosion des gins, mais ils n’étaient pas là ! On nous bassine de ci de là sur les vodkas, les téquillas, les mescals, mais ils ont disparu eux-aussi. A part Gargano, nulle eau-de-vie de fruit…

De l’autre côté, on assiste à la montée en puissance des gros faiseurs et gros distributeurs. Leurs stands n’ont jamais tenu autant de place. Glenfiddich, Chivas, Dewar’s et l’ensemble des marques de Diageo doivent exploser les budgets pub pour monter des stands énormes. Tout cela pour des marques de GD logique donc que les pros présents hier ne fréquentaient pas trop ces quartiers. A l’opposé les stands des embouteilleurs indépendants étaient ridiculement petits. Gordon&MacPhail et Signatory Vintage par exemple n’ont pas voulu s’offrir plus d’un mètre de longueur… de quoi proposer à peine une petite dizaine de bouteilles à la dégustation (quand ce n’est pas simplement cinq).

 

Dégustations :

Scapa 2005 G&M 45°. Epices douces, caramel beurre salé, fin équilibré

Tormore 1996 G&M 46°. Frais tendre, peu d’intérêt

Glentauchers 20 ans TBWC 46.9°. Puissant, dense. Un milieu de bouche herbacé qui donne du volume. Une finale sur le caramel et le poivre. Superbe.

Linkwood 2008 SV Cask strenght 62.1°. Épices, céréale, cire. Alcool parfaitement maitrisé. Très élégant.

Mortlach 2008 SV CS 61.2°. Poussière. Bouche puissante. Alcool très présent. Bonne longueur. Un peu déséquilibré sur l’alcool.

Mortlach 1998/2011 Artist 60e anniversaire de LMDW. 55.9°. Très sherry, asséchant. Plus équilibré que le précédent.  Corsé. Graine de cacao. Finale sur le cacao Van Houten. Décidément Mortlach n’est jamais autant à l’aise que dans un fût de sherry.

Ben Nevis 1984/2016 60eA. 56.4°. Nez dense, puissant. Un peu fermé. Bouche hyper classique pour Ben Nevis : orangette à fond. Finale hyper puissante, concentrée et en même temps d’une grande finesse. Whisky exceptionnel

Glendronach 1993/2016 OB sherry butt 51.7°. Assez rond, sherry trop sur le devant. Amertume en milieu de bouche. Finale poussiéreuse. Pas le meilleur de la série.

 

Glenlossie 24 ans 1992/2016 The Nectar 50.7° volume 4. Très classique des Glenlossie sortis récemment. Cireux, tendre, frais floral, très équilibré. J’aime beaucoup.

Bladnoch 26 ans 1990/2016 The Nectar 50.7 V8. Nez frais, léger. Et après c’est le désastre : bouche herbe fraiche, très sec. Finale sur la remontée  gastrique après avoir vomi. Palme d’Or du pire whisky du salon.

Ben Nevis 20 ans 1996/2016 The Nectar 47.6°. V3. Ben Nevis qui rate totalement son effet. Très sec. Peu de volume. Nulle trace de l’orangette qui est pourtant la marque de fabrique de cette distillerie. Manque de matière. Cacao poussiéreux. Très décevant.

Speyside région 43 ans 1973/2016 The Nectar 49.7° V13. Fruits frais, exotique, léger fin et équilibré. Très beau speyside.

Invergordon 43 ans 1972/2016 The Nectar 49.4° V2. Grain, céréale fraiche. De la rondeur grâce à l’élevage. Caramel frais. Belle longueur. Intéressant.

Highland Park 24 ans 1992/2016 The Nectar. 50°. Très fin équilibré, salin. Fumée très légère et aérienne. J’aime beaucoup.

 

Glen Keith 15 ans Artist. 1992/2016 50.7°. fruité. Cireux. Moyen.

Glen Moray 1995 Berry Bros & Rudd 56.3°. Céréale . muesli. Croquant. Tellement meilleur que les diverses versions officielles de la distillerie.

Redbreast 1991 single cask  60eAnniversaire LMDW. Cask42972. 53°. Whisky trouble dans le verre (échantillon non filtré ? inhabituel pour Irish Distillers).  On dirait l’immense fruit de la série des 21 ans enveloppé dans une bulle sherry. Très intéressant. A regroûter (si c’est possible…. Pas sûr que cela soit possible vu le prix…)

 

Benromach 2008/2016 60e Anniversaire. 56.3°. Léger frais. Tourbe goudronneuse. Fumée très fine.

Caol Ila Provenance 8 ans 2011/2016 46°. Court. Très jeune. Trop jeune.

Caol Ila Whisky Agency 9 ans 2007/2016 52.9°. Plus couvert que le précédent. Plus précis. Tellement mieux avec juste une année de plus.

 

Détour en Irlande

Redbreast Lustau Edition. 46°. Un jeune redbreast avec un sherry finish dans des fûts de la maison Lustau. Plus fort en degré que le 12 ans, mais déséquilibré sur l’alcool. Vineux. Mais au final, à quoi ça sert ce genre de série spéciale ? à faire un NAS sans aucun intérêt. Et rien de plus.

Puis détour vers Jameson avec quelques bouteilles de leur tout nouvelle gamme. Tout est à 43°.

Jameson The distiller’s Safe. 60% de pure pot still whiskey dans l’assemblage. Elevage en fûts de bourbon. Sec, céréale. Très court. Sans relief.

Jameson Cooper’s Croze. Maturation dans quatre types de fûts, bois américain neuf, bourbon usagé, sherry de différents remplissages. Rond, vanillé, sec en finale. Pas de longueur.

Jameson Blender’s Dog. Le plus gourmand des trois. Céréale, vanille. Fin, sec

Des fois je me dis que le Jameson de base est quand même bien meilleur avec son fruit simple et facile.

 

Glentauchers TBWYC 17 ans 48.8°. Rond, onctueux, charpenté. Comme très souvent avec Glentauchers on trouve une très belle présence herbacée en milieu de bouche qui vient donner une belle fraicheur au whisky. Très joli.

Aberlour 25 ans TBWYC. 51°. Autant le Glentauchers était classique, autant cet Aberlour ne l’est pas. En effet, maturation 100% en fûts de bourbon alors qu’habituellement Aberlour use et abuse de fûts de sherry.  Nez frais, bouche croquante. Champs de blé fraichement coupé, très beau fruit. Vraiment très bien.

 

Voyage chez Laphroaig

Laphroaig Quater Cask. 40°. Belle tourbe camphrée. Fruité.

Laphroaig 15 ans. 43°. Fin, très équilibré. Fruits rouges. Superbe.

Laphroaig Lore. 46°. Assez fin. Reprend les caractères du quatercask et une partie de la finesse du 15 ans mais au final s’avère beaucoup moins bien que le 15 ans. En plus d’être un NAS et d’être beaucoup plus cher que le 15 ans.

 

Et là je ne peux que vous faire partager la Palme d’Or de la connerie décernée au commercial qui tenait le stand de Laphroaig… pendant que je goutais les Laphroaig, le gars expliquait à une fille ce qu’était le Connemara. Le tout premier whisky tourbé d’Irlande (même cela est faux). Petit extrait d’une explication sur la tourbe : « la tourbe a longtemps été utilisée pour le chauffage en Irlande avant d’être remplacée par le charbon, il y a 100 ans. Alors quand Connemara a été lancé, on a récupéré la tourbe pour son élaboration, une tourbe de 100 ans. C’est cela qui donne la finesse du Connemara. » … une tourbe de 100 ans, mais quelle connerie… Là le gars c’est vraiment surpassé pour inventer de toute pièce un discours soi-disant commercial complètement gobé par une dégustatrice qui n’y connaissait rien (je le sais, j’ai jeté un coup d’œil à ses notes).

 

Quelques notes sur des rhums :

 

Caroni 1994 68°. (Pris sur fût Golden promise – le nouveau projet de LMDW).  22 ans de fûts avec vieillissement successifs à Trinidad jusqu’en 2012, puis en Ecosse et enfin à Paris depuis cette année.

Rhum très tannique. Corsé, puissant, hydrocarbure. Epices torréfiées. Cacao noir. Fève de cacao torréfiée. Enorme.

 

La nouvelle gamme Transcontinental de LMDW. On ne risque pas d’en avoir beaucoup vu les quantités annoncées… Où comment créer de fait la pénurie et faire flamber les prix…

Panama 2010 43°. Doux, épicé, grain de café. Très (trop) court.

Worthy Park 2006 46°. Nez très frais, hyper aromatique, un peu déséquilibré vers l’alcool.

Hampden 2010 54.9°. J’adore ce genre de profil. De la matière très dense et en même temps des esters qui donnent un volume et une fraicheur exceptionnelle.

Foursquare 2006 46°. Dommage qu’il nous ai été servi en dernier. Encore une fois Fousquare étonne par sa finesse incroyable. Un très très beau rhum.

 

Et pour terminer, le meilleur rhum de tout le salon pour moi. Et peut-être la meilleure bouteille du salon.

Long Pond The Whisky Agency 2000/2016 49.3°. Concentré. Presque fumé. Hydrocarbure. Et  surtout d’une finesse… hyper délicat. A tomber.

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